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Environ 47 km² en 2000, selon une étude publiée en 2007 par le Système de recherche intégrée pour la science du développement durable, une organisation japonaise qui rassemble plusieurs universités.
Des hôteliers et d’autres habitants disent avoir constaté une accélération du phénomène ces dernières années et le problème a été aggravé cette année par une sécheresse sévère.
Tout récemment, certaines régions traditionnellement ouvertes aux touristes se révélaient difficiles d’accès en raison du très bas niveau des eaux.
Si la tendance se poursuit, estime Tin Aung Moe, un responsable de programme du Centre de ressources régional pour l’Asie et le Pacifique (du Programme des Nations unies pour
l’environnement, PNUE), en Thaïlande, “le lac pourrait bien avoir disparu d’ici dix ou vingt ans”.
Les problèmes du lac Inle sont représentatifs de ce pays. Parsemé d’extraordinaires merveilles naturelles et recélant plus d’espaces verts et de vie sauvage préservée que bien d’autres sites en
Asie, il pâtit par ailleurs du manque de capacités institutionnelles et de volonté politique en matière de protection environnementale.
La politique environnementale est pour l’essentiel une prérogative de la Commission nationale aux affaires environnementales, qui, selon les spécialistes, a des pouvoirs limités et
manque autant de personnel que de fonds. Et il est très rare de trouver des responsables publics disposés à travailler avec des organisations internationales plus expérimentées.
Des dizaines d’hébergements et d’hôtels autour du lac
Au fond d’une vallée paisible facile d’accès en avion depuis Rangoon, la région du lac Inle ressemble plus à la Suisse qu’à l’Asie, avec son climat frais et des collines se teintant de lueurs
bleutées quand le jour baisse. Des oiseaux migrateurs ou sédentaires, notamment des canards sauvages, des cormorans et des hérons, voguent en file indienne sur les eaux peu profondes ou les
survolent en formations.
Et, bien qu’il reçoive des dizaines de milliers de visiteurs chaque année, le lac Inle reste encore assez vaste pour que dans ses zones les plus reculées on puisse avoir le
sentiment d’être seul au monde.
Cependant, le lac connaît de rapides bouleversements à mesure qu’augmente sa population, qui compte aujourd’hui 144 000 habitants : la croissance démographique a dépassé 35 % entre 1983 et
2005.
Cela s’explique notamment par la présence des jardins flottants, qui viennent s’ajouter à la pêche comme moyen de subsistance.
Les villageois les construisent eux-mêmes, créant un tapis de plantes aquatiques (notamment de jacinthes d’eau) mêlé de limon en quantité assez réduite pour éviter que l’ensemble ne coule.
Après avoir planté des poteaux en bambou pour empêcher leurs îles de dériver, ils y développent leurs cultures. Mais, espérant augmenter leur rendement, de nombreux paysans utilisent des
engrais chimiques, qui finissent dans le lac.
“L’agriculture marche bien ici”, assure un cultivateur de tomates et horticulteur qui s’affaire le long d’un canal envahi par la végétation. Il a agrandi son exploitation ces dernières
années, explique-t-il, mais aujourd’hui “il n’y a plus d’espace libre”, car les autres paysans en ont fait autant.
A mesure que la superficie du lac s’amenuise, la population de poissons diminue, ce qui incite encore davantage de villageois à passer à l’agriculture. Inle connaît une autre évolution, l’essor du tourisme de masse. Avant que le Myanmar n’ouvre davantage le secteur aux investisseurs, dans les années 1990, le pays n’accueillait que quelques milliers de touristes par an ; ils sont aujourd’hui environ 300 000.
On compte désormais plus d’une dizaine de grands hôtels autour du lac et sur ses eaux, et pas loin d’une trentaine d’hébergements dans une ville voisine, alors qu’il n’y en avait encore que deux dans la région au milieu des années 1990.
Le développement de la zone “ne fait qu’augmenter la quantité de détritus à traiter, d’électricité à produire, d’eaux usées sans doute déversées dans le lac, dans une région du monde où les infrastructures sont souvent insuffisantes”, déplore Alan Ziegler, professeur associé à la National University de Singapour et coauteur de l’étude de l’organisation japonaise.
Le développement autour du lac Inle “arrive probablement à un stade où il n’est plus durable”, souligne-t-il. Les hôteliers disent s’efforcer de limiter leur impact.
Certains font des dons à des organisations locales œuvrant pour la protection de l’environnement, mais les organisations écologistes ont généralement une marge de manœuvre réduite dans ce pays tenu d’une main de fer.
Courrier International
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